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Qu’est-ce que la sextorsion ?

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« Envoie-moi une autre photo, plus sexy cette fois. Sinon, j'enverrai celle que j'ai déjà à toutes les personnes que tu connais. »
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« Pour 500 euros, tu peux faire en sorte que tout ça disparaisse. »
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« Tu ne veux pas que ça circule dans l'école, non ? »
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« Tu aurais peut-être dû faire plus attention aux photos que tu m'as envoyées avant de me laisser tomber. »
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« Si tu le dis à la police, ils t'arrêteront pour m'avoir envoyé des photos pédopornographiques. »

La définition de la sextorsion

La sextorsion, ou chantage sexuel, est une forme d'abus sexuel sur mineur qui consiste à menacer de diffuser du contenu à caractère sexuel explicite de la victime si certaines exigences ne sont pas satisfaites. Le plus souvent, l'auteur menace de diffuser des images à caractère sexuel de la victime (réelles ou truquées) dans le but d'obtenir de l'argent, du contenu supplémentaire à caractère sexuel explicite, un contact sexuel avec la victime ou de satisfaire d'autres exigences. Si les images intimes constituent le type de chantage le plus connu, les extorqueurs peuvent utiliser d’autres moyens de pression contre la victime, comme la menace de diffuser une capture d’écran d’une conversation intime, une vidéo provenant de la webcam de la victime ou des informations privées sur la sexualité de celle-ci. Cette dernière menace pourrait expliquer pourquoi les jeunes LGBTQ+ sont près de trois fois plus susceptibles d’être victimes de sextorsion que leurs pairs hétérosexuels.1

La sextorsion est l’une des nombreuses formes d’abus sexuels facilités par la technologie qui impliquent l’obtention et/ou le partage non consensuel d’images à caractère sexuel. Une telle diffusion est commise dans l’intention de nuire, d’humilier, d’exploiter ou de tirer profit. Ce qui distingue le chantage sexuel des formes plus publiques d'abus facilités par la technologie, comme l'abus sexuel par le biais d'images, le harcèlement sexuel ou la pornographie de vengeance, c'est que le chantage sexuel repose sur la menace de diffuser des images afin d'exercer un contrôle sur la victime. Cette manipulation, associée au sentiment d'impuissance instillé chez la victime, constitue le principal facteur à l'origine des préjudices causés par le chantage sexuel.

STATISTIQUES SUR LA SEXTORSION

  • Des études récentes estiment que 3 à 5 % des adolescents américains ont été victimes de sextorsion.3,4
  • Selon le FBI et le Centre national pour les enfants disparus et exploités, le nombre de signalements de sextorsion a plus que doublé entre 2019 et 2021.5,6
  • En 2022, le service des enquêtes de la Sécurité intérieure (Homeland Security Investigations) a reçu plus de 3 000 signalements de sextorsion, bien que le nombre exact de cas individuels concernés reste inconnu.7
  • Les auteurs agissent souvent rapidement : 60 % des victimes sont menacées dans les deux semaines suivant le premier contact.8
  • 51 % des adolescents victimes n’en parlent jamais à personne, principalement par honte et par peur.8
  • Dans environ la moitié des cas de sextorsion impliquant des mineurs, le maître chanteur met sa menace à exécution en diffusant le contenu sensible, qu’il publie en ligne et/ou partage avec les contacts des victimes.8
  • Une étude menée par Thorn, une organisation à but non lucratif dédiée à la protection des enfants contre les abus et l'exploitation sexuels, a révélé que 16 % des auteurs ont demandé aux victimes de s'infliger des blessures, tandis que 10 % ont exigé que les victimes produisent du contenu à caractère sexuel mettant en scène leurs frères et sœurs ou leurs amis.16

Comment s'effectue la sextorsion ?

Les chercheurs soulignent que la sextorsion qui met les jeunes en danger se répartit généralement en deux grandes catégories : lorsque la victime fait l'objet d'un chantage de la part d'un inconnu rencontré en ligne, ou lorsqu'elle est victime d'une personne qu'elle connaît déjà.2,8

Victime de chantage de la part d'un inconnu rencontré en ligne

PREMIER CONTACT

De nombreuses victimes de sextorsion sont ciblées par une personne qu’elles ont rencontrée en ligne.8 Dans ces cas-là, l’extorqueur se lie souvent d’amitié avec le jeune sur une application de réseau social, une plateforme de streaming en direct ou de jeux vidéo, ou tout autre support doté d’une fonctionnalité de messagerie instantanée.9

Lors de ce premier contact, l’extorqueur utilise généralement une fausse identité, se faisant passer pour une personne plus jeune, séduisante et généralement du sexe opposé, afin de susciter l’intérêt et de gagner la confiance du jeune. En effet, ce type de « catfishing » (usurpation d'identité en ligne) est utilisé dans 91 % des cas de sextorsion impliquant des auteurs rencontrés en ligne.9 Lors de ses échanges avec le jeune, le malfaiteur utilise des techniques de manipulation telles que la flatterie, les compliments, le flirt, le partage de secrets et des signes d’intérêt sincère pour la vie du jeune. Il peut même offrir des cadeaux ou soudoyer le jeune afin de nouer une relation de confiance.7

CHANTAGE

Le malfaiteur demandera alors au jeune de lui envoyer une photo suggestive de lui-même. Cette demande peut intervenir après qu'il a manifesté son attirance pour le jeune, après des compliments excessifs sur son apparence physique, voire après avoir lui-même envoyé une image à caractère sexuel. Une fois que le jeune a été contraint d'envoyer une photo à caractère sexuel, l'auteur utilise cette photo à des fins de chantage, menaçant de la diffuser en ligne ou de la montrer à ses connaissances s'il ne satisfait pas à une exigence précise. Certains malfaiteurs peuvent exiger davantage de photos ou d’autres formes de contenu sexuellement explicite. Ils peuvent même exiger un contact sexuel avec la victime ou la contraindre à se livrer à des activités illégales. D’autres peuvent exiger un paiement dans le cadre de ce que l’on appelle le chantage sexuel financier, une tendance en hausse qui cible de plus en plus les jeunes hommes.10 Ces dernières années, même des organisations criminelles internationales ont mis en place des stratagèmes de chantage sexuel de type centre d’appels, spécialement conçus pour exploiter financièrement des adolescents.15

Ce qui rend le chantage en ligne particulièrement pernicieux, c’est que 85 % des malfaiteurs commencent à manipuler leurs victimes presque immédiatement après le premier contact, et que 60 % d’entre eux menacent leurs victimes dans les deux semaines suivant la première interaction. Certains mineurs rapportent avoir discuté moins d’une heure avant d’être contraints d’envoyer des images explicites.14 Cette progression rapide représente une différence fondamentale par rapport à d’autres formes d’exploitation sexuelle, où l’établissement d’une relation peut s’étaler sur plusieurs mois. Ce délai très court signifie que les adolescents ont peu de chances de reconnaître les signes avant-coureurs avant de se retrouver piégés.

Victime de chantage de la part de quelqu'un que vous connaissez

PREMIER CONTACT

Si les cas impliquant des inconnus rencontrés en ligne ont retenu l'attention croissante des médias sur le thème de la sextorsion, des études montrent que, dans la majorité des cas, le mineur est victime d'une personne qui fait déjà partie de son entourage, le plus souvent un partenaire amoureux actuel ou ancien.3,8

CHANTAGE
Le fait d’être victime de sextorsion de la part d’une connaissance semble aller de pair avec les abus subis dans le cadre des relations amoureuses chez les adolescents, notamment lorsqu’il s’agit de menacer de diffuser des photos d’un partenaire afin de le contrôler, de le forcer à reprendre la relation ou de l’obliger à fournir davantage de photos après la rupture. La sextorsion peut également aller de pair avec la pornographie de vengeance, le harcèlement sexuel en ligne, la diffusion de contenus sexuellement explicites impliquant des enfants et d’autres formes d’abus sexuels facilités par les technologies. Bien que les victimes fournissent souvent sciemment des images à caractère sexuel qui sont ensuite utilisées contre elles, le degré de consentement impliqué dans une telle décision peut faire l'objet d'un débat, même au sein de couples amoureux. Une étude a montré que si la plupart des victimes avaient initialement envoyé ces images à une personne qu'elles connaissaient (75 %), beaucoup se sont senties contraintes de le faire (67 %).8 Cela peut être révélateur de la nature complexe et controversée du sexting. Alors que le sexting reste courant chez les adolescents en tant que forme de lien social, d’expression romantique et d’exploration sexuelle, les filles en particulier ont déclaré se sentir sous pression, manipulées ou contraintes d’envoyer des images d’elles-mêmes, et subissant ainsi davantage de conséquences négatives.8 L'une de ces conséquences peut être le chantage sexuel. De plus, si le maître chanteur finit par diffuser ces contenus sensibles, le jeune devient alors également victime d'abus sexuels par le biais d'images (diffusion d'images sans consentement).

Quelles sont les conséquences de la sextorsion ?

Qu'une menace de sextorsion soit mise à exécution ou non, les victimes peuvent en subir de nombreuses conséquences néfastes. Beaucoup d'entre elles éprouvent un sentiment d'impuissance, de honte, de peur et de perte de contrôle.11 Certaines ont déclaré se sentir piégées, comme s'il n'y avait aucune issue. Ces sentiments de terreur, d’inquiétude et de désespoir ont entraîné d’autres conséquences néfastes, notamment une dépression sévère, des crises de panique, des troubles alimentaires, des comportements autodestructeurs, des pensées suicidaires et, dans quelques cas très médiatisés, le suicide.1, 12 Ces risques peuvent s’aggraver lorsque l’auteur de la sextorsion continue de harceler ou de traquer la victime, crée un faux profil en ligne à son sujet et/ou l’encourage à s’automutiler.3, 8 Lorsque l’enfant est victime de sextorsion de la part d’une personne rencontrée en ligne, il est non seulement menacé de chantage, mais risque également de perdre une relation qu’il percevait comme sûre, source de soutien, voire d’amour.10

HONTE

Comme pour d’autres formes d’abus sexuels sur mineurs, la honte que peut ressentir une victime de sextorsion réduit ses chances de demander de l’aide. En effet, seule la moitié des mineurs victimes de sextorsion parlent à quelqu’un de ce qu’ils ont subi. La plupart se sentent trop gênés (80 %) ou craignent d’avoir des ennuis (68 %).8 Parmi les victimes qui se confient à un parent, les filles sont nettement plus susceptibles de se dévoiler (41,7 %) que les garçons (28,6 %).3

Cette honte est amplifiée par les discours qui rejettent la responsabilité sur la victime en matière de sexualité et par la nature durable du contenu en ligne. Les victimes décrivent se sentir « sales », « humiliées » et « mal à l'aise », et se culpabilisent.17


CONSÉQUENCES SOCIALES

Les conséquences sociales se répercutent de manière tangible sur la vie des victimes. Des études montrent que 46 % des victimes mineures perdent le contact avec leurs amis ou des membres de leur famille à la suite de l'agression, tandis que 14 % rencontrent des problèmes scolaires suffisamment graves pour devoir changer d'établissement. Les victimes se replient sur elles-mêmes et s'isolent, cherchant à gérer la menace que représente la divulgation de leurs images, et surveillant de manière obsessionnelle Internet à la recherche de signes indiquant que celles-ci ont été diffusées.8

TÉMOIGNAGES DE SURVIVANTS

Sur son blog, Thorn partage des témoignages recueillis auprès de victimes de sextorsion. À travers ces récits, des sentiments communs se dégagent : la peur d’être dévoilé au grand jour, une honte profonde, le sentiment de culpabilité, l’isolement lié au fait de souffrir en silence et, enfin, le soulagement et la force qui découlent du fait de s’exprimer et de se confier à une personne de confiance. La page renvoie également vers des témoignages individuels de victimes, notamment celui d'Ashley Reynolds, qui travaille désormais avec le FBI et le NCMEC pour sensibiliser le public, et l'histoire de Ryan Last, racontée par sa mère Pauline afin d'aider d'autres familles à reconnaître les signes avant-coureurs avant qu'il ne soit trop tard.

Comment mettre fin au chantage sexuel : la prévention commence par une communication ouverte

La sextorsion constitue un délit qui vise à isoler les victimes en jouant sur leurs sentiments de honte, d'impuissance et de terreur. Les victimes peuvent non seulement craindre d'avoir des ennuis avec leurs parents et les forces de l'ordre, mais aussi de se voir confisquer leurs appareils électroniques, une conséquence qui peut être perçue comme une punition et conduire à un isolement encore plus grand.17 L'une des mesures les plus importantes qu'un parent puisse prendre pour réduire le risque que son enfant soit victime de sextorsion consiste à favoriser une communication ouverte et constante.

PARLER AUX ENFANTS DES RISQUES LIÉS À INTERNET ET À LA SEXTORTION

La communication entre parents et enfants est le facteur de protection le plus efficace. De nombreuses études montrent que des discussions régulières sur les risques liés à Internet contribuent à de meilleurs résultats, et que la qualité de la communication importe davantage que sa fréquence. Une étude du Pew Research Center a révélé que 94 % des parents discutaient avec leurs adolescents du partage approprié de contenus en ligne, mais que 70 % des adolescents déclaraient cacher leur comportement en ligne à leurs parents.18 Les parents ont donc du travail à faire. Saprea recommande des « conversations de 30 secondes » sur des scénarios spécifiques plutôt que de longs discours, en posant des questions telles que « Que ferais-tu si une personne que tu as rencontrée en ligne te demandait des photos ? »

Une surveillance parentale stricte dans le cadre d’une approche restrictive est en réalité associée à de moins bons résultats, peut-être parce qu’elle sape la quête d’autonomie des adolescents et les incite au secret.19 Les parents doivent trouver un équilibre entre la surveillance et l’instauration d’un climat de confiance, en reconnaissant que l’objectif est d’enseigner le bon jugement plutôt que d’empêcher toute exposition à une activité présentant ne serait-ce qu’un faible risque de chantage en ligne.

SUGGESTIONS DE DISCUSSION POUR LES PARENTS

ENSEIGNER LES RELATIONS SAINES POUR RÉDUIRE LE RISQUE DE SEXTORSION

Saprea encourage les parents à enseigner et à montrer par l'exemple à quoi ressemblent des relations saines, que ces relations se nouent d'abord en personne ou en ligne, et qu'il s'agisse d'une simple connaissance, d'une amitié ou d'une relation amoureuse.4, 13 À mesure que les jeunes acquerront une meilleure compréhension de ce qui caractérise une relation saine – notamment l'authenticité, l'ouverture d'esprit, la communication et le respect des limites –, ils seront mieux à même d'identifier les situations et les interactions susceptibles de les mettre en danger. Ils seront également mieux armés pour maintenir des limites saines, repousser les exigences et résister aux pressions qui cherchent à les franchir. Ils seront aussi plus aptes à gérer des situations abusives telles que le chantage sexuel en coupant tout contact, en cherchant de l’aide et en reconnaissant qu’ils ne sont pas responsables. Les jeunes rechercheront ce type de soutien s’ils ont déjà l’assurance que leur parent est une personne sûre et de confiance vers laquelle ils peuvent se tourner, quel que soit le problème auquel ils sont confrontés. Si le parent a l’habitude de répondre plutôt que de réagir, et a maintenu une communication ouverte sur toutes sortes de sujets sensibles ou difficiles, l’enfant ou l’adolescent sera moins susceptible de s’isoler s’il devient la cible d’une agression.

ENSEIGNER AUX ADOLESCENTS LA DIFFÉRENCE ENTRE LES RELATIONS EN LIGNE SAINES ET LES RELATIONS NUISIBLES

ENSEIGNER LES RELATIONS SAINES POUR RÉDUIRE LE RISQUE DE SEXTORSION

Outre une communication ouverte et l'exemple de relations saines, les parents peuvent également enseigner et montrer l'exemple en matière de limites saines face aux technologies. Ils peuvent sensibiliser leurs enfants à la citoyenneté numérique et aux risques qui accompagnent le fait de vivre à l'ère numérique, notamment le risque de sextorsion. Les parents peuvent conseiller à leurs enfants d'être sélectifs quant à ce qu'ils partagent avec les autres — en ligne et hors ligne — et de garder à l'esprit que n'importe qui peut se faire passer pour quelqu'un d'autre sur Internet. Ils peuvent également fixer des limites concernant le temps passé devant les écrans et l'utilisation d'Internet, encadrer ou contrôler ponctuellement les appareils, se tenir informés des applications et des réseaux sociaux que leurs enfants utilisent, et savoir avec qui leurs enfants communiquent.
PROGRAMMES PERTINENTS
NetSmartz, développé par le Centre national pour les enfants disparus et exploités (National Center for Missing & Exploited Children), est un programme de prévention largement utilisé qui touche des milliers d’enfants par l’intermédiaire de professionnels formés. Le programme propose un contenu éducatif adapté à l'âge des participants, conçu pour promouvoir un comportement en ligne sûr, la culture numérique et reconnaître les risques grâce à des programmes structurés et du matériel interactif. Malgré sa large diffusion, les données d'évaluation publiées sur son impact comportemental restent limitées. De même, la campagne « Stop Sextortion » du FBI propose des ressources éducatives et des guides de conversation s'appuyant sur l'expérience opérationnelle des forces de l'ordre.
LES PLATEFORMES EN LIGNE LES PLUS COURANTES OÙ COMMENCE LA SEXTORSION

Signes avant-coureurs

Les parents peuvent également être attentifs aux signes avant-coureurs de la sextorsion et d’autres formes d’abus sexuels sur mineurs, qu’ils soient facilités par la technologie ou non. L’Internet Watch Foundation est une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui se consacre à l’élimination des images d’abus sexuels sur mineurs en ligne. Sur sa page « Aide et soutien », elle indique que les signes avant-coureurs peuvent inclure :

  • Abandon des activités habituelles telles que les sorties entre amis, le sport, les repas, les loisirs ou les moments en famille.
  • Une recrudescence d'anxiété, de peur ou de honte après avoir été en ligne, accompagnée de pleurs, d'agitation ou d'un comportement « à fleur de peau ».
  • Des changements d'humeur rapides ou de l'irritabilité, y compris des réactions violentes lorsqu'on lui demande ce qui ne va pas.
  • Des demandes inexpliquées d'argent, de cartes-cadeaux, de cryptomonnaie ou des messages urgents du type « J'ai besoin d'argent tout de suite ».
  • Le vol d’argent ou la tentative d’accéder aux applications ou cartes de paiement de la famille.
  • Allusion au fait que quelqu’un « détient des informations compromettantes » sur l’enfant, ou qu'il a « fait une bêtise » sans donner d’explications.
  • Signes de dépression ou de désespoir, troubles du sommeil ou de l’appétit, ou perte d’intérêt pour des activités qu’il apprécie habituellement.
  • Comportement de plus en plus secret, suppression de messages, création de nouveaux comptes ou changement soudain de nom d’utilisateur/mot de passe.

Comment se déroule généralement une sextorsion : étape par étape

Comprendre comment se déroule une sextorsion aide les parents et les jeunes à en reconnaître les signes avant-coureurs dès le début. Il existe souvent des similitudes entre les schémas de conditionnement en ligne et les séquences courantes de la sextorsion. Bien que chaque cas puisse être différent, les recherches montrent que les stratagèmes de sextorsion suivent un schéma récurrent :

01
PRISE DE CONTACT
Le malfaiteur repère un jeune sur les réseaux sociaux, les plateformes de jeux vidéo ou les applications de messagerie. Il cible souvent des adolescents dont le profil est public, ce qui lui permet de consulter leur liste d'amis, leurs centres d'intérêt et leurs informations personnelles. Dans les cas de sextorsion financière visant des adolescents de sexe masculin, certains escrocs créent un faux compte en ligne en se faisant passer pour une jeune fille séduisante du même âge. Dans le cas de sextorsion à caractère sexuel, les malfaiteurs peuvent se faire passer pour des camarades, des recruteurs de mannequins ou même des prétendants. Pour les filles et les jeunes LGBTQ, les malfaiteurs peuvent imiter des identités ou des communautés en lesquelles elles ont confiance, en se faisant passer pour des amies solidaires, des camarades queer, des militantes ou des influenceuses, afin de rapidement instaurer un sentiment de sécurité émotionnelle et de validation.
02
ÉTABLIR RAPIDEMENT UNE RELATION DE CONFIANCE
Contrairement au « grooming » traditionnel, qui prend des semaines, voire des mois, les stratagèmes modernes de sextorsion peuvent évoluer à une vitesse fulgurante. Dès la première conversation, le criminel s'efforce d'établir un lien. Il utilise les informations issues du profil public de l'adolescent pour paraître accessible, en commentant des centres d'intérêt communs, en complimentant des photos ou en évoquant des amis communs. Dans certains cas, il exploite la vulnérabilité liée au sentiment d'appartenance ou à l'image corporelle, en offrant des marques d'affection, une relation amoureuse ou des espaces « sûrs » avant d'orienter la conversation vers des discussions privées ou le partage d'images. Il peut passer rapidement d'une conversation informelle à des sujets plus personnels, souvent le jour même ou peu après.
03
PASSER À DES PLATEFORMES PRIVÉES
Ceux qui cherchent à exploiter les jeunes proposent souvent de déplacer la conversation hors de la plateforme d'origine. Ils peuvent prétexter que l'application présente des dysfonctionnements, qu'ils préfèrent une autre messagerie instantanée ou qu'ils souhaitent davantage de confidentialité pour discuter. Cela sert plusieurs objectifs : cela transfère la conversation vers des plateformes cryptées où la surveillance est plus difficile, cela coupe la victime de son réseau de soutien et cela crée un sentiment de secret et d'intimité. Les destinations courantes comprennent les réseaux sociaux privés, les applications de messagerie ou les plateformes de chat vidéo.
04
INTRODUCTION DE CONTENU À CARACTÈRE SEXUEL
La conversation prend progressivement une tournure sexuelle, bien que cette escalade puisse se produire en quelques heures seulement. L'escroc peut commencer par parler de relations amoureuses, poser des questions sur les expériences passées ou faire des remarques suggestives. Il normalise ensuite le partage d'images explicites en envoyant lui-même du contenu à caractère sexuel en premier — souvent des vidéos préenregistrées de victimes précédentes qu'il présente comme du contenu en direct de lui-même. Il utilise l'approche « je te montre si tu me montres », donnant l'impression d'un échange équitable entre égaux. Les victimes de sextorsion rapportent souvent se sentir sous pression, curieuses, ou vouloir paraître matures et non « prudes ».
05
DEMANDE D'IMAGES EXPLICITES
Une fois la limite franchie, le prédateur demande à l'adolescent d'envoyer des photos de nu ou d'effectuer des actes sexuels devant la caméra. Il peut commencer par des demandes qui semblent moins graves — « juste en sous-vêtements » ou « juste une photo » — avant d'aller plus loin. Il recourt à la flatterie, à la pression, à la culpabilisation ou à de faux sentiments amoureux pour obtenir ce qu'il veut. Au début, de nombreux jeunes envoient ces images de leur plein gré, sans se rendre compte du danger. Des études montrent que 75 % des jeunes victimes ont fourni de leur plein gré les premières images explicites après qu’on leur en ait fait la demande, mais 67 % se sont également sentis contraints de le faire.8
06
LES MENACES COMMENCENT

Tout peut basculer dès lors que l'agresseur est en possession d'images ou de vidéos explicites. La personne qui semblait amicale et intéressée devient soudainement menaçante. Elle dévoile alors ses véritables intentions : exiger de l'argent (souvent sous forme de cryptomonnaie ou de cartes-cadeaux), davantage de contenu à caractère sexuel ou d'autres faveurs sexuelles. Les menaces sont précises et terrifiantes : ils enverront le contenu sensible à tous les contacts de l'adolescent, le publieront sur les réseaux sociaux, l'enverront aux membres de la famille ou le diffuseront à l'école. Ils font souvent des captures d'écran de la liste de contacts de la victime pour prouver qu'ils sont capables de mettre leurs menaces à exécution.

Tous les cas de sextorsion n'impliquent pas nécessairement des menaces immédiates. Des recherches montrent que les prédateurs peuvent poursuivre leur manipulation émotionnelle, en utilisant le lien établi pour maintenir les victimes dans un état de soumission au fil du temps, un schéma qui correspond aux comportements de conditionnement.21 Cela peut piéger les adolescents dans une exploitation prolongée où les exigences s'intensifient progressivement. Pour en savoir plus sur la manière de reconnaître les tactiques de conditionnement, consultez le guide de Saprea sur les signes du conditionnement.

07
EXIGENCES ET PEUR CROISSANTES
Les exigences ne s’arrêtent pas à un seul paiement ou à une seule image. Les victimes de sextorsion décrivent un cercle vicieux cauchemardesque où satisfaire une exigence en entraîne une autre. Si l’adolescent envoie de l’argent, l’escroc en demande davantage. S’il envoie d’autres images explicites, les menaces peuvent se poursuivre. La peur devient insurmontable. Les jeunes surveillent constamment leurs réseaux sociaux, terrifiés à l'idée que leurs contenus sensibles puissent apparaître. Ils peuvent se replier sur eux-mêmes, s'éloigner de leurs amis et de leur famille, souffrir de crises de panique ou avoir du mal à se concentrer sur quoi que ce soit d'autre. Des études montrent qu'une grande partie des victimes sont confrontées à des menaces dans les deux semaines suivant le premier contact, et pour beaucoup, ces menaces se poursuivent pendant des mois.
08
METTRE LEURS MENACES À EXÉCUTION
Dans de nombreux cas, ces menaces ne sont pas vaines. Cela peut se traduire par l'envoi de ces contenus à quelques amis, leur publication dans des espaces publics en ligne ou leur mise en ligne sur des sites web. Thorn a récemment constaté qu'environ 17 % des victimes avaient vu leur extorqueur mettre sa menace à exécution.22 Cette diffusion entraîne de graves conséquences sociales et aggrave le traumatisme. Cependant, dans de nombreuses affaires pénales où les victimes cessent de répondre et signalent les faits aux forces de l'ordre, la diffusion n'a pas lieu ou est limitée, car le criminel passe à des cibles plus faciles.

LES DANGERS DE LA DURÉE

Ce qui rend le chantage sexuel moderne si dangereux, c'est la rapidité avec laquelle toute cette séquence se déroule. Ce qui aurait pu prendre des mois dans le cadre d'un processus de manipulation traditionnel se déroule désormais en quelques jours, voire en quelques heures. Une étude a révélé que certains adolescents avaient discuté moins d'une heure avant d'être contraints de fournir des images à caractère sexuel.20 Ce délai très court signifie que les jeunes n'ont pratiquement aucune possibilité de prendre du recul, de réfléchir clairement ou de demander conseil à leurs proches avant de se retrouver piégés.

Que faire si votre enfant vous confie qu'il est victime de sextorsion

La réponse initiale dans les premières heures qui suivent le moment où un enfant ou un adolescent révèle avoir été victime d'abus ou d'exploitation peut avoir un impact significatif sur son rétablissement à long terme. Des études montrent systématiquement que lorsque cette révélation est accueillie avec confiance, reconnaissance et des mesures de protection immédiates, certains résultats s'améliorent.24

Signalez-le : si un mineur est impliqué, signalez-le auprès de NCMEC CyberTipline. Vous pouvez également le signaler aux forces de l'ordre locales.

Manifester de la compassion et valider

Le rapport clinique de l'Académie américaine de pédiatrie sur les soins tenant compte des traumatismes souligne que les personnes qui s'occupent des adolescents doivent « faire preuve de compassion et valider » tout en « évitant d'exiger un récit détaillé des événements traumatisants lors de la première révélation », car cela peut être source de retraumatisation. L'intervention doit aider les adolescents à accéder à des ressources tout en offrant un sentiment de sécurité psychologique et émotionnelle grâce à « une écoute active, sans jugement et attentive ».23

Messages utiles que les parents peuvent transmettre :

  • « Ce n'est pas toi qui t'en prends à quelqu'un. Même si cela a commencé sur une application ou un site auquel tu es trop jeune pour avoir accès, nous pouvons surmonter cette épreuve. »
  • « Même si tu as pu te sentir à l'aise en créant certains de ces contenus, ce n'est pas toi qui es responsable de cette situation. »

Faire appel à un professionnel

L'accompagnement en matière de santé mentale doit débuter immédiatement et se poursuivre à long terme si nécessaire. Compte tenu du risque de stress post-traumatique en l'absence d'intervention et des taux plus élevés de dépression, d'anxiété et d'idées suicidaires chez les victimes de sextorsion, il est essentiel de mettre les adolescents en relation avec des professionnels de la santé mentale spécialisés dans les traumatismes. Les parents doivent demander une évaluation de la situation de crise si les adolescents présentent des signes d'automutilation ou des pensées suicidaires, en appelant la ligne d'assistance nationale (3114) en cas de crise pour obtenir une aide immédiate.

Soutenir votre enfant

Parmi les facteurs de protection qui atténuent les conséquences graves, on peut citer un soutien social accru, les liens familiaux renforcés par des repas et des activités réguliers, la maîtrise des émotions et des stratégies d'adaptation actives. Des études montrent que les repas en famille et les contacts familiaux atténuent le lien entre le cyberharcèlement et les troubles de santé mentale, ce qui suggère que le maintien de routines familiales normales apporte une stabilité essentielle. S'appuyer sur les points forts des adolescents – leurs centres d'intérêt, leurs talents et leurs réussites passées – permet de poser les bases de la résilience et de contrer la honte et le sentiment d'impuissance liés à la victimisation.

RÉSUMÉ

Si vous ou votre enfant avez déjà été victime de sextorsion, il est important de :

  • Cesser tout contact. Ne répondez pas, ne négociez pas et n’envoyez rien d’autre.
  • Conservez les preuves. Faites des captures d’écran des messages, des menaces, des noms d’utilisateur, des liens vers les profils et de toute demande de paiement.
  • Bloquez et signalez. Bloquez le compte et signalez-le sur toutes les plateformes concernées.
  • Ne payez pas. Évitez d’envoyer de l’argent, des cartes-cadeaux ou des cryptomonnaies. Payer entraîne généralement de nouvelles demandes.
  • Ne confisquez pas son appareil pour le punir. Cela peut accroître sa honte et son isolement. Concentrez-vous plutôt sur les mesures de sécurité.
  • Offrez-lui votre soutien. Restez calme, rassurez-le en lui disant qu’il n’est pas responsable et remerciez-le de vous en avoir parlé.
  • Demandez de l’aide supplémentaire si nécessaire. Envisagez de consulter un conseiller ou un thérapeute, surtout si votre enfant montre des signes d’anxiété, de dépression ou de panique. S’il y a un risque d’autodestruction, appelez ou envoyez un SMS immédiatement à la ligne d’urgence nationale (3114).

Foire aux questions sur la sextorsion

La sextorsion peut être effrayante et accablante, surtout lorsque l’on essaie de comprendre ce qui se passe et comment réagir. Cette rubrique FAQ a pour but d’apporter des réponses claires et concrètes à certaines des questions les plus courantes que l’on se pose au sujet de la sextorsion : comment cela commence, ce que signifient réellement les menaces, combien de temps cela peut durer et quelles mesures prendre pour se protéger. Que vous recherchiez des informations pour vous-même ou pour un proche, ces informations peuvent vous aider à gérer la situation avec plus de clarté, de confiance et de soutien.

Découvrez d'autres ressources

Partout dans le monde, de nombreuses organisations se consacrent à la prévention des abus sexuels sur mineurs et à la sensibilisation à des sujets cruciaux tels que la sextorsion. Les ressources suivantes mettent en avant certaines des initiatives porteuses d’impact menées dans les domaines de la recherche, de l’éducation, de la défense des droits et de l’engagement communautaire. Chaque organisation apporte des outils et des connaissances précieux qui viennent compléter la mission de Saprea, qui consiste à autonomiser les individus et à protéger les enfants contre les abus sexuels.

Federal Bureau of Investigation

Aux États-Unis, le Federal Bureau of Investigation (FBI) joue un rôle majeur dans les enquêtes et la lutte contre la sextorsion, en particulier lorsque des mineurs sont impliqués ou lorsque le délit dépasse les frontières d'un État ou du pays. Il traque et identifie les auteurs, dont beaucoup opèrent à l'échelle internationale, et s'efforce de démanteler les réseaux organisés de sextorsion. Le FBI fournit également des ressources, des alertes publiques et des conseils d'accompagnement aux victimes afin d'aider les familles et les particuliers à répondre en toute sécurité. Les victimes — ou les parents des victimes — peuvent signaler les cas directement au FBI par l'intermédiaire de leur bureau local ou de l'Internet Crime Complaint Center (IC3), qui aide à lancer des enquêtes et à mettre les victimes en relation avec les services d'aide appropriés.

THE NATIONAL CENTER FOR MISSING AND EXPLOITED CHILDREN

Le Centre national pour les enfants disparus et exploités (NCMEC) est une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis qui se consacre à la recherche d'enfants disparus et à la prévention de l'exploitation sexuelle des enfants. Le NCMEC gère la CyberTipline, un système centralisé de signalement des abus sexuels sur mineurs commis sur Internet, en collaboration avec les forces de l'ordre et les entreprises technologiques. Il apporte également son expertise et son soutien aux familles, aux forces de l'ordre et aux services sociaux par le biais de formations, d'une assistance technique et de publications, et collecte et analyse des données sur les enfants disparus et exploités afin d'identifier les tendances et d'élaborer des stratégies de prévention. Le programme NetSmartz du NCMEC propose des contenus éducatifs adaptés à l'âge des enfants, conçus pour promouvoir un comportement en ligne sûr, la culture numérique et la reconnaissance des risques grâce à des programmes structurés et du matériel interactif.

The Internet Watch Foundation

L’Internet Watch Foundation est une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui se consacre à l'élimination des images d'abus sexuels sur mineurs en ligne. Elle gère une ligne d'assistance anonyme où tout le monde peut signaler des images ou des vidéos suspectées d'abus sexuels sur mineurs, et ses analystes experts évaluent ces signalements afin de contribuer au retrait de ces contenus illégaux. Elle développe des outils avancés, tels que des listes de hachages (empreintes numériques) et des listes de blocage d'URL, pour aider les entreprises Internet à détecter, bloquer et supprimer les contenus préjudiciables. Elle collabore également avec les forces de l'ordre, les gouvernements, les ONG et les plateformes technologiques du monde entier afin de mettre un terme à la diffusion de ce matériel exploitant des enfants et d'empêcher la revictimisation de ces derniers.

The American Academy of Pediatrics

L’American Academy of Pediatrics (AAP) est la plus grande association professionnelle de pédiatres aux États-Unis. Sa mission est de promouvoir la santé physique, mentale et sociale ainsi que le bien-être de tous les nourrissons, enfants, adolescents et jeunes adultes, ce qui inclut la protection des enfants et des adolescents contre la maltraitance. L'AAP soutient les pédiatres par le biais du développement professionnel, de la recherche, de la formation et de la défense des intérêts. Elle met également l'accent sur l'équité et l'inclusion, dans le but de servir des communautés diverses et de lutter contre les inégalités systémiques en matière de santé.

Thorn

Thorn est une organisation à but non lucratif qui se consacre à la protection des enfants contre les abus et l'exploitation sexuels à l'ère numérique. Elle développe des technologies de pointe, telles que des outils d'apprentissage automatique et des systèmes de détection basés sur les hachages, qui aident les plateformes numériques à identifier et à supprimer les contenus pédopornographiques. Thorn met également au point des outils d'identification des victimes utilisés par des centaines de services de police pour localiser et secourir plus rapidement les enfants. De plus, l'organisation mène des recherches originales sur les nouvelles menaces en ligne (telles que le grooming, la sextorsion et les abus générés par l'IA) et collabore avec des entreprises technologiques, des parents et des décideurs politiques afin de créer des environnements numériques plus sûrs. Le blog de Thorn présente des témoignages de personnes victimes de sextorsion et décrit comment elles ont réagi.