
Le pouvoir de la permission : comment un petit geste m’a aidée à guérir
Je n’aurais jamais imaginé, même en un million d’années, qu’un médecin me demandant la permission de toucher mon corps aurait un effet aussi profond sur moi.
Pour vous donner un peu de contexte, quand j’avais 8 ans, j’ai été victime d’abus sexuels de la part d’un proche membre de ma famille. C’est quelqu’un qui fait toujours partie de ma vie et de celle de ma famille à ce jour. Pour être honnête, la plupart des membres de ma famille n’ont aucune idée de ce qui m’est arrivé quand j’étais plus jeune. Parfois, j’ai même du mal à y croire moi-même. J’aimerais pouvoir effacer ce souvenir ou prétendre que cela ne m’est jamais arrivé. J’ai aussi tendance à trouver des excuses à cette personne, en me disant par exemple « Oh, il était jeune lui aussi, il ne savait pas ce qu’il faisait » ou « Oh, il faisait juste des expériences ».
Mais la vérité, c’est qu’il était assez grand pour comprendre le mal qu’il causait et rien au monde ne peut excuser ce genre de souffrance. Depuis lors, j’ai passé toute ma vie à rechercher le contrôle. Je ne pouvais pas contrôler ce qui m’était arrivé à l’époque, alors je recherche ce contrôle dans ma vie quotidienne. Je comprends que la vie ne fonctionne pas ainsi, qu’il n’est pas toujours possible de contrôler tous les aspects de son esprit, de son corps et de son âme. Cependant, je me surprends à rechercher ce centrôle à petite échelle.
C’était un jour normal, en milieu de semaine, il y a environ deux ans. Je me rendais chez mon médecin pour un examen de routine. Nous passions en revue mes médicaments contre l’anxiété et, pour une raison quelconque, elle m’a simplement demandé si j’avais déjà été victime d’abus sexuels. Ma réaction instinctive a été de répondre NON. Mais mon esprit m’en a empêchée. Il m’a dit : « À un moment donné, tu devras affronter la réalité de ce qui t’est arrivé. Je me sentais en sécurité, alors j’ai répondu oui. Elle m’a posé quelques questions supplémentaires, comme mon âge et si j’en avais déjà parlé à quelqu’un d’autre. J’ai immédiatement eu envie de pleurer. Je n’avais jamais été aussi vulnérable avec quelqu’un auparavant. J’ai expliqué que non, je n’en avais jamais parlé à personne, car cette personne faisait toujours partie de notre famille. Elle m’a demandé comment je me sentais en présence de cette personne. Je lui ai répondu que, bizarrement,
il y avait des périodes où j’allais très bien et où je me comportais comme si de rien n’était, et d’autres où je me sentais hors de contrôle et où j’avais l’impression de ne pas pouvoir m’éloigner assez vite d’elle. C’est une chose étrange.
Nous avons mis fin à la conversation et sommes passés aux étapes plus habituelles d’un rendez-vous médical : examen des oreilles, du nez, de la respiration, etc. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me demande si elle pouvait toucher mon dos ou mon ventre. Chaque fois qu’elle pensait que sa main allait entrer en contact avec mon corps, elle me demandait la permission. Chaque fois que je répondais oui, je me sentais un peu plus forte et plus en contrôle. C’était libérateur. J’avais devant moi une personne qui, à tous égards, était censée me toucher d’une manière ou d’une autre, mais qui me demandait quand même la permission de le faire. J’avais l’impression qu’elle comprenait que j’avais besoin de ce contrôle. C’était un contrôle dont je ne savais même pas que j’avais besoin avant qu’il ne m’ait été donné. À chaque fois que je retourne la voir, elle me demande la permission.
Ce qui est sans doute insignifiant pour d’autres m’a apporté une grande dignité. Je me suis autorisée à ne pas toujours tout contrôler. J’ai raconté ce qui m’était arrivé à un ou deux membres de ma famille. Cela n’a pas été facile, mais c’était nécessaire. J’essaie de m’aimer moi-même. Je n’avais jamais réalisé à quel point l’empathie d’une inconnue allait m’influencer au quotidien. Je serai éternellement reconnaissante au médecin qui a pris le temps de me demander ma permission.
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